L'Histoire du Rock à l'usage des tout-petits

Ceux qui savent faire la fête te saluent.  (L'Histoire du Rock à l'usage des tout-petits) posté le lundi 16 mars 2009 22:21

  La nouvelle inattendue ne laisse indifférent aucun de ceux qui savent s'amuser, car c'est bien ca le plus important dans la vie. L'Inimitable nous a quittés, maintenant on se sent un peu seuls comme des cons, on va être obligés d'être un peu créatifs.

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Seize euros et quelques dans le baba : Modeste tentative de passage à tabac du dernier Of Montreal  (L'Histoire du Rock à l'usage des tout-petits) posté le mardi 28 octobre 2008 00:31

Oui, donc, parlons de ce truc.

Je vous préviens tout de suite, c'est pas joli-joli, ça tache les habits, on en fout partout. Les morceaux s'enchaînent, comme à la grande époque des concept-album, qui ont pourri les oreilles de nos géniteurs avec leur papal esprit de sérieux , comme si le rock devait l'être, les cons. Y'a bien que les endives fumées de Radiohead pour encore penser ça en 2008, mais eux, l'affaire est entendue. Ceux-là, c'est les pire, le Floyd de notre génération soit-disant confuse, emphase à tous les étages et humanisme pouêt-pouêt, engagement citoyen et pompiérisme lyrique, électro minimale chiante comme la pluie même pas acide.Une cause de fâcherie entre amis, et un terrain d'aigreurs sans fin. Je crois bien que sans la haine viscérale que je porte à Thom Yorke et ses petits copains depuis tant d'années, je serais mille fois mort d'ennui, merci les gars de m'avoir sauvé, je vous rends grâce et me génuflexe piteusement devant votre pédantisme adolescent boursouflé et votre non-musique qui m'ont fourni le carburant vital nécessaire à mon animosité journalière.


Mais  revenons à l'engin.
Ce bidule s' appelle donc Skeletal Lamping,  personne ne sait vraiment pas ce que cela peut foutrement vouloir dire, mais bon ça claque, c'est fun et gentillement sybillin, voilà probablement ce que se sont dit nos poteaux les Montreal, d'ailleurs ils étaient dans le vrai, rien qu'à lire cet intitulé rigolo, j'ai instantanément senti que j' allais m'en payer une bonne tranche, genre tapage forcené sur les cuisses, car j'adore l'humour.


Alors, voilà je vous explique, enfin j' essaye, parce qu'on nage ici dans les eaux clapotantes d'un n'importe quoi digne de Sèvres, un maître-étalon du foutage de gueule : Le cochon de payant mélomane qui a péniblement lâché ses 16 euros quatre-vingt par fidélité pour la bande à Barnes, malgré le RMI qui s'annonce ventre à terre et gueule ouverte, avec les petits matins blêmes à tirer la langue et tout le toutim, se retrouve face à une éreintante kermesse disco-funk sans queue ( c'est à dire aussi bandante qu' une caissière des Galeries Lafayette en pré-retraite et pré-ménopause), ni tête (on est très loin des stratophériques crépages de chignons neuronaux objectiflosiens Réac/ Vn, donc) . N'est pas Zappa qui veut, me suis-je dit à première écoute, avant de marmonner dans mes rouflaquettes louis-philipardes un "bande de pédés", dont je ne suis pas spécialement fier, mais qui a le mérite de fournir une expression plutôt concise et synthétique de ma pensée sur cet étalage d'électro flappie-flashy dilatée au Poppers.

C'est laid, bête et surtout très chiant, et il ne me semble pas nécessaire de développer cela plus avant, tant je crois tout est dit dans ces trois mots à l'expressivité remarquable, quitte à subir les usuels et usants reproches de méchanceté- gratuite- et- d'indigence- conceptuelle- dans- le-seul- but- de- faire- mousser- ma- petite- personne- dépressivement- aigrie- par- la- solitude-scélérate, qui je l'admets, sont souvent fondés, mais pas là.
Au surcroît, la nullité outrageusement tapageuse de ce disque se double d'une prétention hymalayesque particulièrement remarquable dans l'abrusité cul-cul des titres de chansons ("Triphallus, to ponctuacte", "Nonpareil of favor", ou l'inénarrablement pompeux  "An eluardian stance"), chose à laquelle on était déjà habitué, et qu'on passait lâchement sous silence pour cause de génie musical éhonté, tout comme "l'esthétique" vomitive des pochettes, dessins de petits bonshommes à poil dans une forêt genre art brut psychédélique dégénéré... La mansuétude face à l'ironie potache et au second degré a ses limites, qui sont celles que fixent les bornes de la décence et de l'élémentaire bon goût, comme aurait pû dire le grand Ignatius J. Reilly.



Pour résumer l'affaire, Kevin Barnes m'a fait acheter, en 2008, un best-of des Bee Gees remixé par les Scissor Sisters, ce qui m'a fait violemment mal au cul et à l'ego.


Je ne peux vous cacher qu' à ce stade de mon laïus où je m'auto-accule à préciser ma pensée, à ne pas rester dans les brumes de l'évasif et le général pour rentrer dans le lard graisseux de la moelle musicale, l'embarras me gagne méchamment, car je n'ai aucune envie de replonger mes oreilles dans ce brouet vain et clinquant juste pour les beaux yeux frigides de la probité intellectuelle, et avoue franchement préfèrer la compagnie de sa grande soeur vulgos la désormais proverbiale Pute de Miami, entraîneuse de bar sur le retour dont les yeux de biche éteints vous suggèrent que la réfléxion et l'analyse sont finalement peu de chose, et qu'on a qu'une vie, merde.
 
Un doigt de Picon, darling-chérie?

                                                    
                                                                                                          Combino

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L' Appel de la Banquise  (L'Histoire du Rock à l'usage des tout-petits) posté le dimanche 06 avril 2008 22:28

On ne va pas s’ étendre ici sur le " cas John Cale ". Pas parler de l’ altier altiste à lunettes noires du Velvet Underground, barbiche et cheveux mi-longs, de sa rivalité ancestrale avec le pour le moins acariâtre Lou Reed, du producteur au nez creux pisteur d’avant –gardes ( à son actif : les premiers albums des Stooges, de Nico, des Modern Lovers et du Patti Smith Group), du compositeur de musique répétitive (ex-comparse de LaMonte Young et membre du Dream Syndicate , et auteur avec le grand Terry Riley de " Church Of Anthrax " et " The Academy In Peril " , albums oscillants entre le minimalisme stricto sensu et la pop psyché d’époque, tirant même parfois vers le jazz ), du dandy Belle Epoque en costume immaculé compositeur de pop- songs sereines et lumineuses de " Paris 1919 " …


Tout cela est (plus ou moins) connu, recensé doctement dans les livres d’histoire du rock qui n’ en finissent plus de paraître. On est pas Wikipédia, ni même Philippe Manœuvre .
Il s’agit, ici, d’ évoquer un album en particulier : il s’ appelle " Music For A New Society ". 1982, sale année pour le rock…mais passons. Le titre, d’abord : grandiloquent, présomptueux, de mauvaise augure en somme. Une "musique pour une nouvelle société", rien que ça. Et puis quoi encore ?
John Cale , à propos du disque : « l’ album a eu de très bonnes critiques, mais ne s’est pas vendu du tout. Pour certains, c’est même devenu une espèce d’icône de la douleur ».


Au jeu du portrait chinois, si ce disque était une couleur, ce serait le blanc . Pourtant, il n’ a rien de solaire, de chaud, et c’est une litote : il renvoie plutôt une lumière aveuglante , éblouissante, un soleil cru de banquise. Blancheur maladive, atmosphère confinée, même à l’extérieur. On se les gèle sévère à l’ écoute de " Music For A New Society ", autant vous le dire.
Un homme vous parle et on sent qu’il ne va pas bien, qu’il est en train de devenir fou, rien de moins... Pas une folie spectaculaire, télévisuelle, expansive. Une démence sourde, d’autant plus terrifiante. Evidemment, ce type vous met mal à l’aise, vous ne savez pas quoi faire pour l’aider , d’ailleurs, il n’ a pas l’air d’en avoir envie. Alors, vous restez dans la pièce d’à côté, à l’ écouter gémir.
Voilà le genre de sensations que l’on peut ressentir à l’ écoute de " Music For A New Society ".


« Ce disque ne parle pas, il grogne, crie, se tord et terrorise » comme l’ a écrit J.D Beauvallet. Une épreuve pour l’auditeur, dans lequel les moments où la tension semble se relâcher ne sont que mirages pervers. Pas de solution réconciliatrice, d’apaisement, ni d' éventuelle harmonie à l’ horizon. Juste une souffrance non feinte, les confessions d’un homme frigorifié, régulièrement transpercé par un pic à glace. Un Hibernatus new-yorkais qui reprend ironiquement le thème de la 9 e symphonie de Beethoven ( « Que ma joie demeure » hum...), rend hommage au compositeur Rimsky-Korsakov, raconte l’ histoire d’une mère qui enjoint ses enfants à " prendre leurs vie en main " , mais qui, elle-même, semble ployer sous la fatalité tragique.
Musique marquée du sceau de la fatalité,  donc . De l’ inexorable, de la répétition éternelle du même, où le quotidien devient littéralement inhabitable et terrifiant : « Thoughtless Kind » morceau dans lequel un tic-tac métallique, des synthés aigres, dissonnants, à la limite de la stridence, et des sons héritées de la musique concrète laissent entrevoir un monde d’ épouvante, qui n’est rien d’autre que celui de la banalité concrète, quand celle –ci se révèle telle qu’ en  elle- même : cauchemardesque, labyrinthique, inquiétante et étrange, dans sa banalité même. Chaque objet est un gouffre. Le réel se distord devant nos yeux, mais on ne peut rien y faire.
Malgré le sentiment d’abattement , de résignation absolue,de capitulation, surviennent parfois des réminiscences des temps heureux, par flashs, sitôt apparus, sitôt disparus. Rien ne dure, le bonheur n’ est plus qu’un vague souvenir qu’on est même pas sûr d’avoir vécu.


« Santies », c’est un chant liturgique, une élégie funèbre cynique : Même la mort n’ apporte pas le repos escompté, les spectres rôdent, sans relâche. La tristesse durera toujours.
« If you were still around « , une élégie amoureuse, proche de la crudité naïve, enfantine de certaines mélopées composées par Brian Wilson, poignante, ralentie, évidemment désespérée. Parenthèse de pureté perdue au sein de l’ enfer.
Avec le faux classicisme de « Close Watch », ses zébrures de harpe et sa solennité, on croit entrevoir une éclaircie, un espoir pendant un bref instant. Las : un air de cornemuse à glacer les sangs nous ramène à la banquise originelle.
On ne sort pas indemne de " Music for A New Society  ". On fait avec, c’est tout.

 

                                                                                                  Combino

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Brian Only Knows (ou : Comment la spiritualité vint à la pop music)  (L'Histoire du Rock à l'usage des tout-petits) posté le mercredi 26 mars 2008 04:27

    Longtemps, la pop music fut coupée du Divin, de L'Absolu : elle était forcément transgressive (le déhanché de Presley), se situait résolument dans le "ici et maintenant" (le "Hope I die before I get old" de Pete Townshend).
    Musique de l'instant, elle donnait la prime à l'urgence : trop jeune, la pop n'avait pas d'histoire et prônait une farouche iconoclastie, détruisant les images pieuses pour faire place aux icônes pop. Parfois, avec sa rébellion velléitaire et son esprit embrumé par les odoriférantes fleurs de la contestation, elle se voyait déjà rosir l'arrière-train dans les flammes de l'enfer (cf. les Stones clamant leur "Sympathy for the Devil"), la transcendance, le rapport à l'absolu, ne pouvant s'établir que par le bas, avec l 'assistance de toute une fantasmagorie satanique, assez cocasse a posteriori (mythe du bad guy, suppôt de Satan incarné depuis par pas mal de guignols, d'Alice Cooper aux outranciers Kiss, pour aboutir à l'Antéchrist de Prisunic, baudruche pleine de nihilisme, Marilyn Manson

    Puis vinrent les Beach Boys. "Cinq boy-scouts chantant à tue-tête, empilés dans une jeep ou courant en bermudas sur la plage. Ils incarnaient ce qu'on était censé vomir le jour où l'on s'intéressait au rock", dixit l'exégète wilsonien Michka Assayas. Partant de cette description significative,de l'hédonisme WASP westcoast du début des années 60, soutenue par la Sainte Trinité surf/pop/girls, comment décemment affirmer que les Beach Boys incarnent la spiritualité même?

    Peut-être en précisant ce qu'est cette spiritualité, au regard de ce qu'elle n'est pas : ni l'attrait naïf des jeunes occidentaux pour les philosophies orientales dans les late -60's (qui n'était qu' un néo-exotisme orientaliste), ni un conservatisme dévot teinté de rigorisme protestant.
Tournons-nous plutôt vers le chatoyant teuton Friederich Hegel : selon lui, l' Esprit, l'Absolu, le "divin", n'est pas dissocié du réel, mais doit, au contraire, s'incarner dans des productions concrètes, en particulier dans les oeuvres d'art. "L'oeuvre artistique tient ainsi le milieu entre le sensible immédiat et la pensée pure. (...) Ainsi, dans l'art, le sensible est spiritualisé" (in " Cours d'Esthétique").

    Les chansons des Beach Boys sont en ce sens, hautement spirituelles : c'est peu dire qu'elles sont inspirées, il serait plus juste d' avancer qu'elles sont littéralement touchées par la grâce. Brian Wilson lui même reconnaît cette influence transcendante : "During the production of Pet Sounds, I dreamt I had a halo over my head", avoue-t-il. De même, ne décrit-il pas l'intention président à l'élaboration du plus mythique des lost albums de l'histoire du rock, le fameux "Smile" (commencé en 1967, sorti en 2004), comme celle d'une "teenage symphony to God" ?
    Loin d'une mystique sous L.S.D, la ferveur de Brian Wilson est pareille à celle d'un enfant : non corsetée par les dogmes religieux, naïve, personnelle, intense.


    Car ne nous y trompons pas : c'est bien de Brian Wilson qu'il s'agit, génial démiurge, incarnation même du "créateur torturé" (mythologie largement entretenue par sa maison de disques Capitol, essayant vainement de canaliser la folie réelle du bonhomme en une démence artistiquement et commercialement acceptable), les autres Beach Boys n'étant que de modestes exécutants tacheronnesques, créateurs à l'occasion, au service du thaumaturge perfectionniste. Il n'y a qu'à comparer Pet Sounds, entièrement composé par Brian, et les risibles, quoiqu' attendrissants, albums des Beach Boys des années 70/80, quand le maître ne répondait plus présent, pour s'en convaincre. A l'évidence, Kokomo n'est pas Good Vibrations.

    Enfin, poussons notre idée à son terme et avançons fièrement l'idée suivante : la musique des Beach Boys n'est rien d'autre qu'une manière de musique sacrée.
    Sacrée, et non religieuse, car son écoute pousse plutôt l'auditeur à l'introspection, au sentiment sacré personnel et singulier, qu'elle ne le fait se signer pieusement.
    Elle se pose ainsi en directe héritière du plain-chant grégorien, "une forme chorale à peine différenciée de la prière, et une prière qui déjà est musique". Définition qui va comme un gant à certaines constructions de Pet Sounds ( les harmonies vocales de You Still Believe In Me ) ou aux mésestimés albums Friends (1968), ou Sunflower (1970).
    Du grégorien pour surfeurs californiens.

    De la musique sacrée pour incroyants en bermudas bariolés.

 

                                                                                                 Combino (in La Plage, avril 2002)

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De nouveaux vestiges repoussent l'age de la bronzance  (L'Histoire du Rock à l'usage des tout-petits) posté le mardi 18 mars 2008 23:46

  Ceux d'entre vous qui soutiennent que la décennie maudite dite des "années quatre-vingt" a duré de 1985 a 1995 vont devoir revoir leur belle théorie. Je vais en effet faire remarquerer ici un fait qui la remet en cause dans ses délimitations: l'album Touch de Eurythmics date de 1983. Et je viens de l'écouter, c'est bien un pur représentant de la musique des années quatre-vingt, bien téméraire qui osera affirmer le contraire. Le meilleur morceau reste d'ailleurs celui d'inspiration antillaise, qui ravira certainement notre ami Simone. Maintenant j'ai eu ma dose de sacrifice pour la science, et je vais m'écouter un petit Melvins.

Vieu nico

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