Du temps
de Roland Barthes il fallait encore un certain talent pour capturer
entre ses doigts les mythologies modernes. Notre époque qui tente
de nous économiser jusqu'au bout use à présent de stabylo. Ce que
l'on perd en perspicacité et en hardiesse nous le gagnons en humour
car il n'y a plus à décrypter ce qui se dit autrement sous le
signe: tout est là, simple et tranquille, reposé et satisfait. Nous
n'avons qu'à nous baisser pour ramasser ces petits trésors qui font
amèrement sourire.
Je vous
retranscris donc la publicité que j'ai reçue de la marque Aigle (
journal de 20 pages avec photos de mannequins qui kiffent grave la
nature, la principale image étant une femme blottie en position
fœtale contre la grève). Quand je vous dis qu'ils l'aiment
mère nature! Mais qu'ils ne s'inquiètent pas de s'en être trop
éloignés ils finiront bien par y revenir tôt ou tard.
.
Se reconnecter à la
nature
Métros bondés, bureaux à air conditionné et hypermarchés
démesurés est-ce vraiment un environnement naturel pour l'homme?
Notre mode de vie n'est-il pas en train de nous rendre étrangers à
la nature?
Plus
la nature qui nous entoure nous devient inconnue, plus nous
devenons indifférents au mal qu'on peut lui faire. Nous sommes peu
nombreux à vivre au milieu des arbres qui nous apportent l'air que
nous respirons, leur disparition ne nous semble alors pas un
problème. Nous n'allons plus chercher l'eau à la rivière, sa
pollution ne nous affecte donc pas directement. Nous ne faisons
plus pousser la nourriture que nous mangeons, la gaspiller n'est
pas un réel souci.
Parce que nous serons toujours plus sensible à ce qui nous
est proche est familier, notre ambition est de rétablir cette
proximité et ce lien entre l'homme et la nature, avec l'espoir que
leur destinée aille de pair. Ainsi nous devrions naturellement
avoir envie de protéger ce monde qui nous entoure et nous fait
vivre tant d'expériences inoubliables.
Choisir Aigle, c'est répondre à notre besoin profond de
nous reconnecter à la nature.
Mais je
préfère vous laisser avec les mots de Guillevic:
Des
milliers d'yeux jaunes luisent dans la forêt,
Me
réclament le sang.
Que
je ferme un instant les yeux,
ils
s'abattront sur moi,
Ils
me dissoudront dans l'humus
Où
depuis toujours
Je
sens mon odeur.
Vincent
Commentaires